Défendre la liberté d'expression

auteur: 
William Emmanuel

Les barbares qui ont perpétré l’attentat meurtrier dans les locaux de Charlie Hebdo n’ont pas caché qu’ils voulaient faire taire une voix qui leur déplaisait. Ce drame est l’occasion de rappeler que la liberté d’expression est au cœur du système démocratique et que les démocrates doivent se battre pour la défendre énergiquement.

Après avoir procédé aux exécutions dans les locaux, faisant 12 morts, les tueurs ont crié, selon les images enregistrées par des témoins, la formule « Allahou Akbar » et « On a vengé le prophète Mohammed. On a tué Charlie Hebdo. »

Les islamistes n’ont jamais caché leur détestation de l’hebdomadaire satirique, qui avait notamment publié des caricatures du fondateur de l’islam. Charlie Hebdo a, du reste, déjà subi des attaques, notamment un incendie criminel.

Cette publication a adopté, depuis sa création, un positionnement anticlérical, se moquant aussi bien des curés que des imams et des rabbins. On peut penser ce que l’on veut de cet humour mais c’est l’honneur d’une démocratie de permettre à des journaux satiriques d’exister et de s’en prendre à tous les pouvoirs. C’est même salutaire.

Il faut revenir à la formule prêtée à Voltaire :  « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire. »

Dans une démocratie, tous les points de vue sont permis s’ils n’enfreignent pas la loi. En France, la diffamation et l’atteinte à la vie privée sont punies par les tribunaux.

Œuvrant  dans le cadre de la liberté d’expression, Charlie Hebdo est donc en droit de se moquer de tout le monde. Certains musulmans peuvent être sincèrement choqués par les caricatures concernant la figure centrale de leur religion, le prophète Mahomet. Mais, ils doivent comprendre qu’il y a une distinction entre la religion et la foi.

La religion, qui signifie étymologiquement « relier les hommes », est par définition collective. La foi est intime et n’a pas besoin d’une aide extérieure pour s’exprimer : on croit ou on ne croit pas et on est seul à savoir si l’on croit ou si l’on ne croit pas.

Les religions ne sont que des organisations humaines, souvent mises en place pour maintenir un ordre social, comme on l’a vu dans les pays dans des Etats catholiques d’Europe et comme on le voit aujourd’hui dans les pays musulmans.

Le problème auquel le monde est confronté aujourd’hui tient au fait que le monde musulman n’a pas encore réussi à séparer les affaires politiques de la religion. Dans de nombreux pays musulmans, cette confusion arrange les dirigeants. Les islamistes profitent de cette situation pour essayer d’imposer leurs vues  et leur façon de penser en prétendant connaître le Coran mieux que les autres. 

Au Moyen-Orient, des gouvernants vont encore plus loin et financent des djihadistes dans de nombreux pays, en particulier la Syrie et l’Irak.

Les Occidentaux doivent mettre ces pays au pied du mur ces régimes autoritaires qui disent lutter contre le terrorisme et qui soutiennent en réalité des mouvements hostiles aux valeurs universelles que sont les droits de l’Homme.

Car il faut avoir conscience que les islamistes, soutenus par certains gouvernements médiévaux  du Moyen-Orient, veulent imposer leur mode de vie aux pays occidentaux. Ils ont régulièrement testé les limites au cours des dernières années, que ce soit au sujet du voile que des repas dans les cantines ou de la mixité dans les piscines municipales.

Sans dénigrer une religion, l’islam en l’occurrence, les dirigeants politiques occidentaux doivent réaffirmer fortement les valeurs de liberté et d’égalité.

La première de ces libertés est la liberté d’expression : dans un pays démocratique, il faut dire et redire que les journaux ont le droit de publier des caricatures, qu’ils ont le droit se moquer de tous : politiques, religieux, sportifs, etc. La liberté d’expression doit être totale tant qu’il n’y a pas d’incitation à la violence. 

La liberté d’expression a été fortement limitée en France depuis trente ans, sous la pression du « politiquement correct » importé des Etats-Unis. Les blagues de Coluche ou de Desproges sur les Noirs, les Arabes ou les Juifs seraient impossibles aujourd’hui. Accepter de rire des autres et que l’on rit de soi, cela s’appelle la tolérance et c’est le premier pas vers le respect des autres, condition sine qua non pour vivre ensemble.

Les gouvernements doivent cesser d’accorder de l’importance à des associations communautaires qui veulent imposer une censure qui ne dit pas son nom. Dans une démocratie, ce ne sont pas des groupes particuliers qui doivent faire la loi. C’est la responsabilité du Parlement, élu au suffrage universel.

Il est temps de cesser de reculer sur les droits de l’homme, qui, contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, sont universels. Les pays démocratiques doivent se battre pour imposer ces valeurs à travers le monde et cesser d’accepter de reculer face à des barbares incultes.