Iran : vers la marginalisation de la France ?

auteur: 
Solon

Barack Obama semble déterminé à conclure un accord avec l’Iran sur le nucléaire. Il le fait parce qu’il a besoin de l’aide de ce pays pour stabiliser une région menacée par les djihadistes et aussi parce qu’il veut ouvrir le marché iranien aux entreprises américaines. La France demeure dans une position idéologique qui risque de conduire à une marginalisation durable.

Confronté à l’hostilité du Congrès, dont la majorité républicaine a fait le choix de s’aligner sur la position de la droite israélienne contre la Maison Blanche, le président américain pourrait être un nouveau Richard Nixon, son prédécesseur qui avait normalisé les relations avec la Chine.

Quel est l’enjeu des négociations entre l’Iran et le groupe dit « 5 + 1 » (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Russie, Chine et Allemagne) ? L’engagement de Téhéran à ne jamais fabriquer la bombe atomique en échange d'une levée des sanctions qui asphyxient son économie et une normalisation avec Washington.

On peut s’interroger sur un tel marché. Les Occidentaux n’ont jamais cherché à empêcher le Pakistan et la Corée du Nord, pays particulièrement agressifs, à obtenir l’arme nucléaire. Et notons qu’aucun pays disposant de cette arme ne l’a utilisée contre un ennemi, si l’on exclut bien sûr les …Etats-Unis contre le Japon en 1945.

S’agissant de l’Iran, les Etats-Unis, qui ont le leadership des négociations, subissent, comme on le sait, les pressions d’Israël, qui a la bombe atomique et qui veut être le seul à la détenir dans la région afin de pouvoir conserver un avantage sur les pays musulmans. Mais ils  doivent aussi composer avec l’Arabie saoudite qui, bien que moins vocale qu’Israël, n’est pas moins déterminée à empêcher un accord avec l’Iran.

L’Arabie saoudite et l’Iran, qui se disputent le leadership régional, s’affrontent du reste, indirectement, au Yémen où les milices chiites Houthis, soutenues par les Iraniens, affrontent un pouvoir sunnite appuyé par Riyad, qui a monté une coalition de 10 pays pour restaurer le pouvoir du président en fuite.

Ils se font face aussi en Irak et en Syrie où les Iraniens semblent être les seuls à pouvoir défaire les djihadistes sunnites de l’Etat islamique, dont certains parlementaires américains pensent qu’ils sont soutenus par l’Arabie saoudite et les émirats sunnites.

Pour résumer, si on peut résumer cet Orient décidément très compliqué, les Etats-Unis soutiennent les Saoudiens au Yémen contre les milices chiites et ont besoin du soutien de l’Iran en Irak et en Syrie pour défaire les terroristes sunnites qui sèment la terreur.

Dans ce contexte, les Américains ont proposé à l’Iran de pouvoir développer le nucléaire civil sous contrôle et de renoncer à la bombe atomique. Les autres pays négociateurs semblent être sur la même ligne. A l’exception de la France.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, que l’on entend peu sur les autres grands dossiers internationaux, multiplie les mises en garde. Les media font état de pressions des autorités israéliennes qui considèrent que la France est le « maillon faible » pouvant empêcher un accord sur le nucléaire. L’Arabie saoudite, devenue l’alliée privilégiée de la France dans la région, est aussi à la manœuvre.

« Nous souhaitons, nous la France, puissance de sécurité et de paix, qu'il y ait un accord mais il ne peut exister que s'il est robuste, a souligné Fabius vendredi 27 mars sur la chaîne de télévision France-24 au sujet des négociations. « Il y a encore des progrès à faire, nous ne sommes pas arrivés jusqu'au bout. »

En adoptant une telle attitude, la France ne risque-t-elle pas d’être marginalisée alors que ses partenaires souhaitent un accord ? En dehors de l’aspect géopolitique, un accord aura des répercussions économiques extrêmement importantes. 

L’Iran, producteur de pétrole et de gaz et disposant d’une population éduquée, est un pays potentiellement riche, suffisamment pour acheter des biens et services occidentaux. D’ores et déjà, des émissaires d’entreprises américaines multiplient les voyages à Téhéran pour poser des jalons. L’Allemagne et le Royaume-Uni, qui font toujours preuve de pragmatisme en ce domaine, tireront profit d’une normalisation.

En menant l’offensive contre un accord au sein du groupe « 5 + 1 », la France est en train de jouer contre ses intérêts. A-t-elle une mission particulière vis-à-vis de l’Iran ? Pourquoi doit-elle être plus intransigeante que les Etats-Unis ? A-t-elle des informations que les Américains, les Chinois, les Russes n’auraient pas et qui montreraient qu’un accord avec l’Iran menacerait la France ? 

L’attitude française est surprenante et on attend avec impatience que le président François Hollande et Fabius expliquent clairement les raisons de leur hostilité à l’Iran.