Trump, otage du Congrès ?

auteur: 
Solon

L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis a surpris tout le monde ou presque. Cet homme ayant un discours ouvertement raciste, sexiste et hostile au processus démocratique est-il dangereux ? Il l’est sans aucun doute mais les plus dangereux sont les dirigeants du Parti républicain, qui rêvent de revanche dès la sortie de Barack Obama, un Noir dont ils n’ont jamais accepté l’élection en 2008.

Les raisons de la victoire du candidat républicain sont connues : en dépit d’une situation économique que l’Europe envierait (croissance de 2,9% en rythme annualisé au 3ème trimestre, taux de chômage en dessous de 5%), les Américains sont en colère. Ils ont le sentiment d’être déclassés dans la compétition mondiale. Paradoxal alors que les entreprises américaines n’ont jamais été aussi puissantes, financièrement et technologiquement. Trump a su parler à cet électorat, composé de Blancs de la classe moyenne qui ont peur des immigrés, de l’islam, de la mondialisation.

Il a bénéficié de la décision des démocrates d’investir Hillary Clinton. Depuis la victoire de son mari, Bill Clinton, en 1992, l’ancienne « First Lady » a toujours pensé que la Maison Blanche devait lui revenir un jour. Elle a placé ses alliés au Parti démocrate et elle a cajolé des milliardaires prêts à la financer. Mais la campagne des primaires face à Bernie Sanders a montré qu’elle n’avait aucune connexion avec le peuple.

Contrairement à Obama ou au vice-président Joe Biden, elle n’est pas à l’aise avec les électeurs. Elle surjoue en permanence l’enthousiasme pour dissimuler sa gêne d’être au milieu de gens ordinaires. Elle aurait préféré être couronnée.

Elle a une image déplorable : dans les sondages, les Américains la jugent menteuse, corrompue, va-t-en-guerre, proche de Wall Street, éloignée de leurs préoccupations.

Hillary Clinton était la pire candidate que les démocrates pouvaient choisir. L’affaire de ses emails, envoyés depuis un serveur privé au mépris de toutes les règles quand elle était secrétaire d’Etat, a achevé de la décrédibiliser. Donald Trump, novice en politique, a pu en profiter en martelant un discours populiste. Il a promis de construire un mur avec le Mexique, d’interdire l’entrée des musulmans aux Etats-Unis, de fermer les frontières au commerce international, de se retirer de l’Otan. En d’autres temps, son admiration pour le président russe Vladimir Poutine lui aurait valu une dénonciation unanime dans un pays encore marqué par un sentiment anti-russe vivace. Pas cette année.

La question est de savoir si le nouveau président sera en mesure de mettre en œuvre son programme. Rien n’est moins sûr. Durant la campagne, il n’a pas été soutenu par les principaux dirigeants républicains. Comme le parti a gardé le contrôle du Congrès, il va vivre une cohabitation. Paul Ryan, président de la Chambre des représentants, et  Mitch McConnell, chef de la majorité au Sénat, vont lui imposer leur agenda. 

Ces deux hommes en apparence modérés sont des idéologues purs et durs. Ils ont toujours détesté Obama, essentiellement parce qu’il était noir. Ils ont bloqué toutes ses initiatives. Ainsi, ils ont refusé d’examiner le dossier du candidat que le président proposait pour remplacer un membre républicain de la Cour suprême. Pour eux, seul un président républicain peut prendre certaines décisions. Profondément anti-démocrates, ils ont déjà annoncé la couleur : l’abrogation de l’ »Obamacare », cette loi offrant une couverture sociale aux plus pauvres, et la désignation d’un de leurs affidés à la Cour suprême afin d’imposer une vision de l’ultra-droite sur les questions de société.

Trump, qui a fait fortune dans l’immobilier, a dû composer dans sa vie d’entrepreneur. On peut penser qu’une fois à la Maison Blanche il pourrait accepter certains compromis. Mais, comme il a besoin du Congrès, il sera en réalité la marionnette de Ryan et McConnell. Comme ces deux parlementaires sont pour le libre-échange, il ne devrait pas y avoir de difficultés avec les partenaires des Etats-Unis. En revanche, les citoyens américains risquent d’entrer dans une ère de glaciation.