2017 : l’année de tous les dangers

auteur: 
Solon

Si 2016 a été riche en surprises, avec en particulier le Brexit au Royaume-Uni puis la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle aux Etats-Unis, 2017 sera une année beaucoup plus dangereuse, notamment pour l’Europe. La situation n’a jamais été aussi instable, en particulier sur le plan sécuritaire. En moins de deux ans, les terroristes islamistes ont frappé en France, en Belgique et, à la veille de Noël, en Allemagne.

Dans un tel contexte, il faudrait des dirigeants politiques solides, capables de prendre du recul avant de réagir. Pour le moment, seule la chancelière allemande Angela Merkel montre de telles qualités.

L’année qui vient risque de provoquer des bouleversements. Le 20 janvier, le nouveau président américain prendra ses fonctions. Ce populiste imprévisible aux idées d’extrême-droite va-t-il s’assagir ou va-t-il multiplier les provocations, comme il en a l’habitude, au risque d’exacerber les tensions dans son pays et, plus grave, à travers le monde ?

De manière surprenante, il a décidé de s’aligner sur la Russie, ennemie des Etats-Unis entre la fin de la Seconde guerre mondiale et la fin du bloc soviétique à la fin des années 1980 devenue un « partenaire » suscitant les plus grandes préventions. Le conflit en Ukraine et la guerre en Syrie montrent que les intérêts des deux pays ne sont pas alignés. Pourquoi Trump se jette-t-il dans les bras de Poutine ? Est-ce lié à des intérêts financiers ? Car, le nouveau président américain a montré qu’il n’hésiterait pas à utiliser son nouveau pouvoir pour faire avancer ses affaires personnelles. Ce qui pourrait provoquer des changements d’alliances en différents points de la planète.

En économie, certains pensent que Trump optera pour des « reaganomics » mais s’il veut réduire les dépenses publiques et les impôts, on ne sait pas s’il soutiendra le resserrement monétaire, initié par la Réserve fédérale le 14 décembre. Durant la campagne, il a vivement critiqué la Fed. Sur la régulation, il a demandé au milliardaire Carl Icahn de le conseiller, ce qui laisse supposer un démantèlement des règles encadrant la finance depuis la crise de 2008. Depuis sa victoire, Trump est aussi intervenu dans des dossiers industriels, dont Carrier et l’aéronautique. En outre, son positionnement laisse craindre une guerre commerciale, en premier lieu avec la Chine, aux conséquences incalculables pour l’économie mondiale.

En mars, le gouvernement britannique enclenchera formellement la procédure en vue de sortir de l’Union européenne. Même si le processus durera au minimum deux ans, on aura alors une première indication sur l’état d’esprit de la Première ministre Theresa May, qui pour le moment navigue à vue tout en laissant entendre qu’elle privilégierait un « Hard Brexit. » S’il veut continuer à bénéficier de l’accès au m arché unique européen, le Royaume-Uni devra accepter certaines contraintes. Un refus risque de le marginaliser, quoi qu’en disent les populistes comme Boris Johnson.

En mai, la France tiendra son élection présidentielle. La campagne pourrait-elle permettre d’avoir enfin un débat sur les réformes dont le pays a besoin ? On l’espère mais on peut en douter car la classe politique est totalement déconnectée de la réalité et la colère des citoyens est telle que l’issue du scrutin est imprévisible. Du reste, les sondages prédisent à ce stade un second tour entre François Fillon, ancien Premier ministre désigné lors de la primaire de la droite, et Marine Le Pen, chef de file du Front national.

Après le Brexit et la victoire de Trump, personne ne peut exclure une victoire de la représentante de l’extrême-droite en France et ce serait une catastrophe pour l’Union européenne. Son discours protectionniste et sa critique de la monnaie unique pourraient signer la fin de la zone euro.

A l’automne, l’Allemagne organisera ses élections générales et la chancelière Angela Merkel cherchera à obtenir un quatrième mandat. Sa popularité a fléchi ces derniers mois et les populistes ont grignoté des positions lors des scrutins régionaux. Sa décision d’ouvrir les frontières de son pays aux réfugiés syriens a été vivement critiquée, en Allemagne et aussi par les extrémistes européens et par le gouvernement socialiste français !

Le terrible attentat au camion-bélier, qui a fait 12 morts sur un marché de Noël de Berlin le 19 décembre, a relancé les critiques.

Si Merkel mérite des critiques, c’est surtout dans le domaine économique. Elle a laissé la gestion de ce dossier au très intransigeant ministre des Finances Wolfgang Schäuble, qui semble se soucier assez peu de la construction européenne. Il n’a à la bouche que le mot « rigueur », songeant en permanence à punir les pays européens qui s’écartent de l’orthodoxie. Ainsi, il vient d’obtenir, avec l’aide de ses complices de l’Eurogroupe, la suspension d’un très léger allègement de la dette de la Grèce parce que ce pays, épuisé par l’austérité, a osé revaloriser les petites retraites.

Cette position extrémiste n’est pas pour rien dans le rejet de l’Europe dans de nombreux pays européens. Si elle l’emporte à l’automne, Merkel devrait songer à se séparer de cet homme pour mettre en œuvre une nouvelle politique, d’autant que l’Allemagne a les moyens d’une relance. Il est temps que les Allemands comprennent qu’il est de leur intérêt que la zone euro aille mieux. Sauf si l’agenda secret prévoit un éclatement de l’union monétaire. L’Allemagne peut-elle se permettre un tel scénario alors que le commerce mondial stagne et que la Chine, moteur des échanges depuis 15 ans, est en train de changer de modèle pour moins dépendre des exportations ?

Le monde n’a jamais été aussi dangereux depuis la fin de la guerre froide. Le danger est d’autant plus grand que certains populistes ne trouvent rien d’autre à faire que de jouer avec des allumettes à proximité d’un baril d’essence…