Trump, va-t-en guerre ?

auteur: 
Solon

Depuis son entrée en fonction, Donald Trump a été présenté comme un isolationniste peu soucieux des questions internationales. Sa décision de bombarder une base aérienne syrienne après une nouvelle attaque chimique attribuée au régime de Bachar el-Assad, montre qu’il n’a sans doute pas une grande latitude face aux faucons du Parti républicain, à qui il doit donner des gages.

« Il est dans l'intérêt vital pour la sécurité nationale des Etats-Unis de prévenir et dissuader la propagation et l'usage d'armes chimiques mortelles », dit le président américain pour justifier l’opération, menée le 7 avril.

Durant la campagne, Trump, avec son slogan « Rendre à l’Amérique sa grandeur », a surtout insisté sur l’économie et a expliqué à maintes reprises que les alliés des Etats-Unis, en particulier les Européens, devaient prendre leur part au financement de leur protection. Il avait critiqué les interventions militaires de Barack Obama. Enfin, ses partisans avaient dépeint sa rivale démocrate, Hillary Clinton, comme une va-t-en guerre pouvant plonger le pays dans des conflits inextricables.

Que s’est-il passé depuis sa victoire ? Le nouveau chef de la Maison Blanche a compris qu’il devait composer avec le puissant complexe militaro-industriel américain et qu’il avait besoin des élus républicains du Congrès, traditionnellement favorablement au libre échange et à l' « exceptionnalisme américain. »

Trump a cédé d’autant plus naturellement à leurs arguments qu’il a beaucoup à se faire pardonner. Une enquête est en cours sur les relations entre son équipe de campagne et la Russie suite au piratage informatique du parti démocrate au cours de la campagne. Lui même n’a cessé de dire son admiration pour Vladimir Poutine au point que certains pensent que Moscou a un levier sur lui : les Russes lui ont-ils prêté de l’argent pour ses affaires immobilières après quelques faillites ? Disposent-ils de documents compromettants sur son comportement personnel ?

Trump devait donc montrer qu’il était indépendant et qu’il n’était pas l’otage de Poutine. Et quel meilleur théâtre d’opération que la Syrie ? Le président russe soutient Assad en dépit de la barbarie avérée du régime syrien. Pour quelle raison ? Il veut conserver sa base navale à Tartous, qui lui donne accès à la Méditerranée, et il souhaite maintenir l’influence de son pays dans une région particulièrement instable.

La Russie est ainsi l’alliée de la Syrie et de l’Iran et s’est réconciliée avec la Turquie après une brouille consécutive à la destruction d’un avion russe par les Turcs en novembre 2015. Par ailleurs, elle a envoyé des unités spéciales en Libye, en proie au chaos.

Poutine se verrait bien devenir le maitre du jeu au Moyen Orient alors que les Etats-Unis semblent - à la faveur de la révolution du pétrole et de gaz de schiste qui leur assure leur indépendance énergétique – vouloir se retirer ou en tout cas réduire leur présence.

Les élus républicains, plutôt faucons en matière de politique étrangère ont donc rappelé à l’ordre Trump. Celui-ci a assuré à la chancelière allemande Angela Merkel, en mars, qu’il n’était « pas isolationniste. » Il a reçu certains alliés des Etats-Unis, notamment le dirigeant égyptien al-Sissi et le vice-prince héritier saoudien Mohammed ben Salman. Depuis, il s’exprime moins sur son soutien inconditionnel à Israël, conscient qu’un nouveau conflit autour de la question palestinienne pourrait embraser la région.

Sur le plan intérieur, sous la pression des militaires, Trump a limogé Steve Bannon, son conseiller isolationniste et nationaliste (certains aux Etats-Unis disent fasciste), du conseil de sécurité national, instance où se prennent les décisions les plus importantes.

Quelles sont les prochaines étapes ? Le bombardement en Syrie est-il isolé ou entre-t-il dans le cadre d’une stratégie globale devant aboutir à la neutralisation, d’une manière ou d’une autre, d’Assad et de ses affidés ? Nul ne le sait. 

Ce qui est certain, c’est qu’en forçant Trump à agir, les faucons américains ont adressé un message à Poutine : le président américain ne peut pas faire ce qu’il veut et les intérêts américains seront défendus face aux manœuvres russes. 

Y-a-t-il un risque d’escalade ? La Russie ne lâchera pas Assad même si elle a assuré que son soutien n’était « pas inconditionnel » après l’’attaque chimique. Elle cherchera à obtenir des compensations pour accepter un départ d’Assad. 

C’est sans doute ce qu’espère Trump. Contrairement à Hillary Clinton, le président américain n’est sans doute pas un va-t-en guerre car il n’a aucun goût pour les questions internationales. C’est un homme d’affaires qui cherchera à obtenir des accords qu’il pourra « vendre » aux électeurs américains.