Macron : fin du début ou début de la fin ?

Après avoir réussi le plus extraordinaire hold-up électoral de l’histoire de la Vème République lors de la présidentielle et des législatives, Emmanuel Macron est confronté à un désamour des Français. La raison en est simple : les électeurs l’ont « utilisé » pour « dégager » le « système » mais ils n’ont jamais adhéré totalement à son projet, d’autant que ce projet est pour le moins vague.

Le jeune chef de l’Etat souffre désormais d’un déficit de crédibilité, faute d’avoir affiché des convictions solides, en dehors de la question de la construction européenne. Sa stratégie électorale – « De droite et de gauche » - a été brillante pour conquérir le pouvoir mais l’exercice du pouvoir suppose de faire des choix. 

Le vrai problème pour lui est l’économie car les Français attendent des résultats en matière de croissance et de créations d’emplois. Mais peut-on mener une politique de rigueur économique et accroître les investissements « en même temps » ? Peut-on rénover la vie politique en associant simplement des élus de droite et de gauche.

Les Français ne voulaient plus d’une classe politique traditionnelle à bout de souffle mais ils doutent de leur champion par défaut. La cote popularité de Macron se situe à 42% en moyenne, ce qui signifie qu’il a déjà épuisé son capital politique quatre mois seulement après son accession à l’Elysée. Ses traits de caractère expliquent aussi en partie cette chute : selon un sondage d’Elabe publié en août, il est perçu comme dynamique (73%) et autoritaire (71%), sympathique (57%) et inquiétant (57%).

Le vrai tournant a été l’humiliation infligée, en juillet, au chef de l’Etat major des Armées, Pierre de Villiers, au motif qu’il avait critiqué les réductions budgétaires imposées à ses troupes. Le chef de l’Etat n’a pas compris que l’armée disposait, au moins depuis les attentats de 2015, d’une vraie cote d’amour parmi les Français. Ce qui montre, au passage, une difficulté des jeunes experts de l’Elysée à saisir l’humeur du pays.

La chute a été d’autant plus spectaculaire que Macron souffre d’une fragilité électorale : au premier tour de la présidentielle, il a rassemblé environ la moitié des suffrages obtenus par François Hollande et la totalité des voix de François Bayrou en 2012. En clair, son électorat penche au centre-gauche. Son positionnement à droite sur les principaux thèmes ne pouvait que faire fuir les électeurs de gauche.

La présentation du budget a confirmé cette difficulté. En accordant dès le 1er janvier 2018 des « cadeaux » fiscaux aux ménages les plus aisés – via notamment la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF) - et en renvoyant à plus tard les mesures destinées aux catégories les moins favorisées, Macron s’est attiré l’image du « Président des riches. » Il va se rendre compte rapidement, comme Nicolas Sarkozy en son temps (2007-2012), qu’il est extrêmement difficile de se défaire de cette étiquette.

La gestion du dossier des aides publiques au logement (APL) a été caractérisée par un cafouillage conduisant certains à dénoncer l’amateurisme de l’exécutif. Après avoir annoncé une baisse de 5 euros pour chaque bénéficiaire, le gouvernement a promis, en catastrophe, une réforme d’ampleur qui se limite à réclamer des fonds aux organismes HLM, qui, face à cette volonté de passer en force, ont rompu le dialogue.

Les collectivités locales aussi sont en froid avec Macron après la suppression de la taxe d’habitation et la remise en cause des emplois aidés. Conséquence : le parti présidentiel – La République en Marche (LREM) – a subi une défaite inattendue aux dernières sénatoriales, le nombre de ses élus, déjà pas élevé, ayant été réduit.

En quelques semaines, le chef de l’Etat a réussi à se mettre à dos la plupart des corps intermédiaires et ce ne sont pas les opérations de communication, comme les visites d’usines, qui vont permettre de reconquérir l’opinion. 

Toutes les mesures prises ou annoncées ont leur logique et sont sans doute nécessaires mais le chef de l’Etat donne l’impression de ne pas savoir où il va. Il parle de « transformer » la France mais il n’explique pas comment. 

« Transformer » la France suppose de définir une stratégie de long terme et celle-ci n’existe pas aujourd’hui. Pourtant, les exemples, en Europe, ne manquent pas. Pour se transformer, les pays voisins ont commencé par transformer l’Etat et ont donc redéfini ses missions et réduit les dépenses publiques. La France, pour le moment, n’emprunte pas ce chemin, en dehors de quelques petits coups de rabot ici et là.

Or, la réduction des déficits publics et de la dette est un préalable indispensable pour pouvoir entraîner le pays. Un exemple : les Français continuent d’épargner massivement (14,6% du revenu disponible) et ils vont vers les produits bénéficiant d’une fiscalité avantageuse qui, surprise, sont ceux qui servent à financer les dépenses de l’Etat.

Si le gouvernement veut orienter l’épargne vers la production, c’est-à-dire vers les entreprises, il doit revoir cette fiscalité – et pas seulement pour les 3.000 foyers bénéficiant de la suppression de l’ISF – et, surtout, montrer qu’il ne va pas capter cette ressource pour continuer à alimenter les déficits et à rembourser la dette.

Aligner diverses mesures d’économies ne fait pas une politique. Cette incapacité à définir une stratégie de long terme montre qu’en dépit du discours volontariste de Macron, il y a, au sommet de l’Etat, une continuité avec les politiques menées depuis quatre décennies et qui ont échoué. En clair, il n’y a aucune modernité dans l’approche. 

Le chef de l’Etat conserve un avantage : les oppositions sont en miette. Le Parti socialiste, toujours contrôlé par les apparatchiks, est incapable de se renouveler et Les Républicains s’apprêtent à se placer sous la direction d’un Laurent Wauquiez déterminé à lancer une OPA sur l’électorat du Front national en adoptant un discours d’extrême-droite. Quant à Jean-Luc Mélenchon, sa capacité de mobilisation, comme on l’a vu lors de sa manifestation contre les ordonnances sur la loi Travail, semble s’émousser.

Néanmoins, ce n’est pas parce qu’un pouvoir n’a pas d’opposition crédible qu’il ne doit pas s’efforcer de définir une stratégie et de faire œuvre de pédagogie. Le risque pour Macron est de finir comme Sarkozy, un Président plein de bonnes intentions mais incapable de mettre en œuvre les mesures les plus évidentes.